Intox de Mme Vallaud-Belkacem Le collectif "Touche pas ma ZEP" joue les décodeurs - Samedi 10 décembre

, par  touchepasmazep , popularité : 4%

Intox de Mme Vallaud-Belkacem Le collectif "Touche pas ma ZEP" joue les décodeurs - Samedi 10 décembre

La mobilisation des lycées ZEP a débuté en mai 2016. Devant l’ampleur sans cesse croissante prise par ce mouvement initié par le collectif "Touche pas ma ZEP", Najat Vallaud-Belkacem cherche par tous les moyens à désamorcer la mobilisation par des annonces qui prennent de nombreuses libertés avec la vérité.

Sur les labels d’Education Prioritaire…

CE QU’ELLE A DIT :
Le 28 novembre, dans un communiqué de presse, elle déclare que "en raison des élèves qu’ils scolarisent, du territoire dans lequel ils sont situés, des événements de violence qu’ils ont pu subir, un certain nombre de lycées sont aujourd’hui labellisés : lycées ZEP, lycées ambition réussite, lycée ECLAIR." Elle le réaffirme le 5 décembre lors d’un discours aux Assises de l’Education : « je ne peux pas parler d’Éducation Prioritaire sans parler à nouveau de la situation des lycées qui, aujourd’hui, d’une façon ou d’une autre, relèvent d’un dispositif prioritaire."
Il existerait donc bien des lycées aujourd’hui labellisés.

POURQUOI C’EST FAUX :
Le 27 avril 2016, dans un courrier adressé au député d’Asnières sur Seine (92), Mme Vallaud-Belkacem a formulé explicitement la fin de l’Education prioritaire en lycée, expliquant que celle-ci ne concernait plus que « L’enseignement obligatoire, c’est-à-dire l’école et le collège ».
En outre, dans son communiqué du 30 Septembre, elle se contredit, puisque le titre du communiqué « la clause de sauvegarde concerne aussi les lycées » constitue bien un aveu de la sortie des lycées de l’éducation prioritaire.
Par ailleurs, le site de l’OZP (observatoire des zones prioritaires), dans un paragraphe intitulé de manière parlante "Dispositifs officiellement caduques", affirme clairement que "les lycées en éducation prioritaire n’existent plus officiellement depuis 2005". De plus, sur la même page, un "additif 2016" précise que "depuis la refondation de l’éducation prioritaire, plus aucun lycée n’est classé en éducation prioritaire".

Sur les moyens supplémentaires de l’Education prioritaire…

CE QU’ELLE A DIT :
Le 28 novembre, à la veille de la 4ème journée de grève à l’appel du collectif "Touche pas ma ZEP", la Ministre a publié un nouveau communiqué de presse. Elle y évoque "le « maintien de tous les moyens supplémentaires dont bénéficient les lycées de l’éducation prioritaire", ce que sa cheffe de cabinet avait déjà évoqué dans un courrier adressé le 13 septembre aux enseignants du lycée Joliot-Curie, à la suite de leur grève d’une semaine à la rentrée : "les critères d’allocation de moyens pour les lycées en éducation prioritaire ne sont nullement remis en cause".

POURQUOI C’EST FAUX :
Les lycées en éducation prioritaire n’existent plus réglementairement depuis longtemps (voir point 1). On ne voit donc pas bien quels sont les moyens supplémentaires dont bénéficieraient les lycées de l’éducation prioritaire ! On ne voit pas non plus comment maintenir quelque chose qui n’existe plus…

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Sur le calendrier de la réforme de l’Education prioritaire en lycée…

CE QU’ELLE A DIT :
Dans son communiqué du 28 novembre, la Ministre écrit que "Si, conformément à la loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, la réforme de l’éducation prioritaire menée pendant ce quinquennat a d’abord concerné les réseaux écoles-collèges, il a constamment été rappelé que les lycées seront à leur tour concernés par une telle réforme".
D’autre part, le 30 novembre, en réponse à une question au gouvernement, la Ministre déclare "Alors la question se pose aujourd’hui pour les lycées en éducation prioritaire, nous avons toujours dit que c’était la prochaine étape et nous le ferons au début du prochain quinquennat, j’en prends l’engagement."
Le Ministère aurait donc toujours annoncé que la réforme pour les lycées aurait lieu après la présidentielle de 2017.

POURQUOI C’EST FAUX :
D’une part, la Ministre a longtemps affirmé que l’éducation prioritaire s’arrêtait à la scolarité obligatoire (voir point n°1).
D’autre part, la publication de la carte des lycées en Education prioritaire a été annoncée officiellement en 2014 par Vincent Peillon, alors Ministre de l’éducation nationale, qui réagissait – déjà ! – à la mobilisation des lycées qui demandaient à intégrer l’éducation prioritaire. Dans une lettre du 20 février 2014 au Secrétaire général du SE-UNSA, le directeur adjoint du cabinet de Vincent Peillon écrivait "Dans le cadre de la future cartographie qui sera établie pour la rentrée 2015, des lycées, y compris des lycées professionnels, pourront être classés en éducation prioritaire même s’ils ne sont pas en réseaux, à condition, toutefois, de correspondre aux indicateurs sociaux et économiques mis en place."
En repoussant la publication d’une carte pour les lycées au prochain quinquennat, Najat Vallaud-Belkacem est loin des engagements pris par son Ministère il y a de cela plus de deux ans !

Sur la mobilisation des enseignants…

CE QU’ELLE A DIT
Le 29 septembre avait lieu la deuxième journée de grève à l’appel du collectif "Touche pas ma ZEP". Le lendemain, à savoir le 30 septembre, Mme la ministre de l’Education nationale déclarait dans un communiqué officiel que les "inquiétudes" étaient "infondées".
Le 2 novembre pourtant, Najat Vallaud-Belkacem semble avoir changé d’avis ; elle déclare devant les parlementaires que "à juste titre, les enseignants qui sont dans les lycées qui ont vocation à être dans l’éducation prioritaire réclament de bénéficier des mêmes moyens, des mêmes accompagnements que leurs collègues des collèges et ils ont bien raison et donc il faudra faire cette réforme des lycées de l’éducation prioritaire aussi. "
Dans un tweet du 5 décembre, elle déclare que "les personnels de l’éducation prioritaire sont l’honneur de la République. Ils ont tout mon soutien."

POURQUOI C’EST PLUS COMPLIQUE
La Ministre ne sait plus quoi inventer pour désamorcer cette mobilisation des lycées ex-éducation prioritaire qui met à mal sa communication sur "l’école, notre priorité". Les approximations, contradictions et contre-vérités témoignent de sa fébrilité.
Pourtant, elle dispose d’un moyen simple pour montrer que l’école est vraiment sa priorité : il lui suffit de répondre aux revendications du collectif "touche pas ma ZEP" et de publier une carte élargie de lycées en éducation prioritaire avec un label garantissant des moyens pérennes (effectifs par classe limités, maintien des dédoublements et de tous les projets, vie scolaire…) et le maintien définitif des indemnités et des bonifications pour les mutations.
Les lycées mobilisés et le collectif n’ont jamais été reçus par la ministre ou même un membre de son cabinet malgré de multiples demandes d’audience envoyées depuis la rentrée.
Le collectif "Touche pas ma ZEP" lui a donc lancé un ultimatum à ce propos : pas de carte avant 2017, pas de rentrée en janvier. Il lui reste donc 23 jours pour apporter enfin une réponse claire et satisfaisante. Cela fait plus de deux ans que la publication de cette carte a été promise par le Ministère : il est temps de passer des paroles aux actes.